[2018] Subjectivité, corporéité et objets connectés

Subjectivité, corporéité et objets connectés : regards croisés sur le design et les devenirs de l’interaction

Séminaire interdisciplinaire organisé par la Chaire Valeurs et politiques des informations personnelles et le LASCO IdeaLab de l’IMT, l'équipe ETHOS de Télécom École de Management et l'École Supérieure d’Art et de Design (ESAD) de Reims

Responsables : Armen Khatchatourov, Isabelle Queval, Olaf Avenati et Pierre-Antoine Chardel

Le développement actuel des « objets connectés » et de l'« Internet of Everything » (de la brosse à dents connectée au compteur électrique dit « intelligent »), soulève la question de leurs influences sur le corps – que celui-là soit compris comme un ensemble d’attitudes sensorimotrices, comme le sentiment intime d’être soi, ou comme le siège même de la subjectivité. En effet, loin d’être de simples « prolongements » du corps ou des « interfaces », ces objets inscrivent les corps dans des circuits complexes de données et d'interactions, et structurent par là même notre être-au-monde.

+ Inscription

+ Dates

+ Argumentaire

¬ INSCRIPTION

  •   Mardi 5 juin 2018, Télécom Paristech
      Mardi 19 juin 2018, Télécom Paristech

¬ Dates

Mardi 27 mars 2018 de 16h30 à 19h00 à Télécom ParisTech - amphi Émeraude
Dominique Sciamma, Directeur de Strate - École de design
Laurent Bonnotte, Psychomotricien, Institut d'éducation motrice et IFP Pitié Salpêtrière

Mercredi 11 avril 2018 de 17h00 à 19h00
Attention : ce séminaire aura à Sciences Po campus Reims - 1 Place Museux, 51100 Reims
Jean-Max Noyer, Professeur émérite, Université de Toulon Var : Les suspensions des milieux de l’intelligence.
On s’attachera à indiquer la complication des couplages des corps-cerveaux avec les objets connectés dans les conditions actuelles où la communication homme-machine fait place à des nouvelles formes sémiotiques non-exclusivement linguistiques. Les "suspensions" de ces couplages font-elles émerger des nouvelles formes de liberté ?
Florent Aziosmanoff, Producteur, auteur, théoricien : Du corps convoqué au corps vécu
Dès l'origine des créations numériques, les artistes ont voulu interroger, sinon imposer, la place du corps dans les univers virtuels. Mais sans nécessité autre que celle de la crainte de le voir disparaitre autant du monde virtuel que du monde réel, ils n'ont pas su lui trouver une place "organique" dans leur création. L'approche du living art montre en revanche que pensée fondamentalement, la place du corps redevient centrale, comme siège existentiel incontournable d'une situation d'expérience globale.

Mardi 15 mai 2018 de 16h30 à 19h00 à Télécom ParisTech - amphi B310
Eric Minh Cuong Castaing, chorégraphe, metteur en scène, Compagnie Shonen / CCN Ballet National de Marseille. Influences réciproques entre l'agir humain et non-humain : corps, drones, robots. A travers une interrogation chorégraphique sur le mouvement des corps humains en interaction avec robots et drones, cette intervention va poser les questions de l'influence de l'agir non-humain sur l'agir humain et de l'inscription de cette interaction dans le paysage technologique et politique contemporain.
Jacques Athanase Gilbert, Professeur de Littérature et Humanités numériques, Université de Nantes. Mythologies ubiquitaires. L’informatique ubiquitaire nous amène à nous reposer dans de nouvelles conditions la question « où sommes-nous? ». Notre présence se trouve en effet éclatée et notre environnement digital nous accompagne. Comment penser les conditions de notre présence au monde dans ces conditions?

Mardi 5 juin 2018 de 16h30 à 19h00 à Télécom ParisTech - amphi Opale
Jean-Michel Besnier, Professeur émérite, Paris-Sorbonne
et Antonin Fourneau, Artiste et Designer, EnsADLab

Mardi 19 juin 2018 de 16h30 à 19h00 à Télécom ParisTech - amphi Opale
Bernard Stiegler, Philosophe, Directeur de l’Institut de Recherche et d’Innovation
et Thierry Vila, écrivain

¬ ARGUMENTAIRE

Un enjeu de ce séminaire consistera à interroger l’influence des technologies contemporaines et des formes qu’elles adoptent sur l’émergence et l’évolution des subjectivités. Nous entendons ici par subjectivité non pas une entité d’emblée autonome, mais le résultat provisoire et fragile de construction de soi, de négociation de ses propres frontières, dans un jeu complexe d’interaction avec les effets de structure induits par les technologies numériques.

Le numérique apporte des changements radicaux dans ce processus. On sait notamment que les algorithmes, basés sur le traitement en temps réel de grandes masses de données, analysent les traces numériques laissées par les utilisateurs et construisent leurs profils de comportement, profils affinés continuellement à chaque action suivante de l’utilisateur. Le profilage apparaît ainsi comme une boucle de rétroaction qui s’auto-renforce, conduisant à des comportements répétés et à la réduction de « l’espace de jeu » dans lequel les subjectivités peuvent se construire.

En implémentant cette tendance dans le réseau d’objets physiques connectés, l’avènement de l’Internet des objets place ce problème à un autre niveau : il ne s’agit plus simplement des actions au moyen de l’interface graphique ou tangible, ni seulement des comportements en ligne, mais aussi des attitudes et habitudes sensori-motrices du corps tout entier. Dans le Quantified Self par exemple, la boucle de rétroaction va des données traitées algorithmiquement aux effets sur le corps vécu. Ce que les données « donnent » à voir ou à toucher est ainsi incorporé, et le répertoire des comportements sensori-moteurs est alors transformé, sinon diminué. À son tour, cela n’est pas sans conséquences sur la manière dont les subjectivités, pour autant qu’elles sont enracinées dans l’expérience corporelle, émergent et évoluent. Se pose alors la question du design de ces objets connectés, de la « disparition » éventuelle de l’interface au profit d’autres modalités d’interaction avec les utilisateurs, et des effets que ces technologies peuvent avoir sur la subjectivation.

En même temps, ce développement technologique est aujourd’hui accompagné par un discours glorifiant l’innovation et les nouvelles capacités pour les humains connectés, dans les domaines de l’humain augmenté, de wearable computing et de l’Internet des objets.

Nourri par les regards croisés de théoriciens et de praticiens, le séminaire se donnera entre autres pour tâche d’explorer cette dichotomie, en cherchant à comprendre la place de ces technologies dans le continuum entre leurs effets structurants et les « nouvelles capacités » dont elles sont éventuellement porteuses.

 

 

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Ce séminaire s’inscrit dans le prolongement du programme de recherche Formes, Technologies, Société. Design et quête de sens conjointement organisé par l’ESAD de Reims et l’Institut Mines-Télécom.

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